Périodique de l’animation pastorale – NDP
POINT DE VIE
N° 01-25 / mars 2025 – Carême
UNE VIE EN 40 JOURS ET 40 NUITS
Jésus conduit par le Saint Esprit pour passer 40 jours et 40 nuits au désert selon Luc chapitre 4, verset 1 jusqu’à 13.
Il était affronté dans des conditions qui nous semblent très difficiles, voire impossibles, au maître de ce monde, satan. Après avoir passé les 40 jours et 40 nuits sans rien manger, il eut faim. Ce n’est pas étonnant du tout. Ce qui est plutôt surprenant pour nous, c’est le fait de pouvoir passer toute cette période et survivre ! Nous pouvons bien évidemment voir dans ces quarante jours et nuits une reproduction des quarante années du peuple d’Israël dans le désert après sa libération de l’esclavage sous Pharaon. Une image qui décrit la réalité du nouveau testament : Jésus vient introduire le nouvel Israël, libéré des péchés par son sang, et le conduire vers la victoire définitive sur le mal, pour la nouvelle vie : ETERNELLE. Voilà la promesse de Dieu de faire toute chose nouvelle. Israël, surnom donné à Jacob dans Genèse 32,28 : « car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes et tu as été vainqueur ». Jésus, le combattant de Dieu vainqueur qui va donner le pass à tous ceux qui vont croire en lui, et vivre en lui la quarantaine de libération pour la nouvelle naissance, cette fois spirituelle, donc pour la vie éternelle.
La quarantaine en soi est une période calme de préparation, à sa fin aura lieu le fameux combat qui va couronner le vainqueur de la guerre par la couronne de la deuxième naissance ;
c’est une représentation du dernier combat qui va avoir lieu entre Dieu et ses adversaires, et va se terminer par la victoire de la mort sur la Croix. Cette mort qui va redonner la vie en abondance à tous les croyants par la résurrection triomphante du Seigneur Jésus-Christ. Oui, nous le savons, le mal peut bien gagner une tournée mais désormais il n’aura guère le dernier mot : la VIE et l’Amour ont vaincu par le Christ crucifié et ressuscité. C’est l’humanité qui sombrait dans ses péchés qui est crucifié et qui a reçu le gage pour la vie éternelle par la résurrection du Christ, notre Seigneur.
C’est ça notre parcours dans la période de carême qui commence. Une quarantaine pour la vie, pendant laquelle nous sommes invités à mener nos combats contre ce qui nous tente de s’éloigner de notre vie en Christ. Comme les trois reprises entre Jésus et satan, qui illustrent toute une vie de combattant : il a su (et nous enseigne en même temps) renoncer aux trois plus grandes tentations mondaines : le désir, le pouvoir et l’amour de l’argent.
Quels sont nos combats à vaincre cette année ? Comment profitons-nous de cette quarantaine pour se débarrasser des fardeaux lourds que nous portions sur nos épaules, et que nous voudrions bien accrochés sur la croix ? Notre cure spirituelle interne de quarante jours, ça commence aujourd’hui. Bonne lutte à toi nouvel « Israël » !
Joe ELIAS

Séances de Catéchèse :
Nous proposons une progression selon le texte de Luc qui va d’un premier temps de contemplation et de prière, de prendre le temps avec soi jusqu’à l’élaboration d’un projet de petites victoires à partir de ce carême. Chaque animateur est invité à élaborer sa proposition catéchétique adaptée à son public, selon l’évolution du groupe et son implication. Pas de recette magique. Tout ce qui contribue à la bonne transmission est accepté à condition qu’il s’inscrit dans la ligne catholique. Il est conseillé que la trajectoire soit en harmonie avec les orientations catéchétiques du DpC 2020.
Objectifs :
- Chercher le sens de la quarantaine, à l’image de peuple d’Israël en quête perpétuelle de sens pendant 40 ans dans le désert. (Cette quête ne cesse pas puisqu’on n’arrête pas de découvrir la profondeur de Dieu et de la vie de Foi en avançant sur ce Chemin. Se priver pour la privation ne porte pas à grandir dans sa vie dans l’Esprit.)
- Faire son état des lieux sur sa vie de Foi : je prends du temps pour prier ? Je sais avoir un temps personnel pour relire ma journée ? comment je « consomme » mon temps libre ?
- Que puis-je changer ? Que dois-je changer dans ma conduite de vie quotidienne pour plaire à Dieu ? (en famille, avec mes parents, avec mes frères et soeurs, à l’école avec mes camarades de classe et mes enseignants ? )
- Essayer d’élaborer un plan de mise en œuvre, en commençant par le plus urgent : fixer 3 objectifs réels, réalisables et mesurables.
De petits pas à faire par exemple décider de ne plus gaspiller de nourriture, de manger moins de chocolats et de sucreries, de changer mon comportement envers une personne qui « m’énèrve », de dire bonjour avec un sourire, de réciter au moins une fois le Notre Père et une fois je vous salue Marie dans la journée, ne pas raller ou dire des bêtises pour une semaine au moins … un tableau annexe est à disposition pour aider les jeunes à avancer dans la pratique des efforts pendant ce carême.
Dates importantes
- 25 Mars : Fête de l’annonciation à Marie
- 12 – 17 avril : Frat de Lourdes des lycéens
- 13 – 20 avril : Semaine Sainte / Pâques
- 21 – 26 avril : Pèlerinage des collégiens à Lourdes
Parole de Sage
Lecture des pères de l’Eglise : Saint Irénée
MARIE DANS L’HISTOIRE DU MONDE SELON SAINT IRENEE (130-202)
Marie, terre vierge
St Irénée établit une correspondance entre la création d’Adam à partir d’une terre vierge et l’Incarnation du Christ au sein de la terre vierge de la Vierge Marie :
« Si Adam fut créé par la terre-vierge, non encore travaillée, donc par la vertu et la puissance de Dieu (cf. Gn 2, 4b-7), le nouvel Adam aussi doit avoir ses origines d’une terre-vierge, par la même puissance et la vertu de Dieu. Marie est cette terre-vierge dont Christ se fait « premier-né ».»[2]
Marie mère du Nouvel Adam, le fils de l’homme
Marie transmet au Christ toute la réalité humaine d’Adam, pour qu’il soit le nouvel Adam, le Fils de l’homme, le « résumé » de tous les hommes depuis le premier [3]. Adam, tenté par Satan, désobéit et chuta, le Christ tenté aussi par Satan, resta fidèle, pour que là où le péché avait abondé surabondât la grâce. Or, la présence et la fonction de Marie dans la réalisation du Salut a été nécessaire et décisive.
Marie « avocate »
Irénée utilise des expressions fortes :
« Car il fallait qu’Adam fut récapitulé dans le Christ, afin que ce qui était mortel fut englouti par l’immortalité, et il fallait qu’Ève le fut aussi en Marie, afin qu’une Vierge, en se faisant l’avocate d’une vierge, détruisit la désobéissance d’une vierge par l’obéissance d’une Vierge. »[4]
Lorsqu’à l’Annonciation Marie parle avec l’ange Gabriel et se montre obéissante, elle défend le genre humain, solidaire, elle devient ainsi l’ «avocate» d’Ève.[5]
Marie défait les nœuds : Marie « cause du salut »
Marie, en accueillant le Salut, est définie « cause de salut » pour ceux à qui Ève avait causé la mort. Marie sait défaire les nœuds de la désobéissance et de la mort.
« Car, de même qu’Ève, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge – car ils étaient nus tous les deux dans le paradis et n’en avaient point honte (Gn 2,25), parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation : il leur fallait d’abord grandir, et seulement ensuite se multiplier (Gn 1,28) – de même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain.
C’est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu’elle soit encore vierge, le nom d’épouse de celui qui l’a prise pour fiancée (Dt 22,23-24), signifiant de la sorte le retournement qui s’opère de Marie à Ève.
Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud. »[6]
Marie, source de régénération pour tous les hommes
Dans son sein virginal, Marie engendre le Christ et régénère tous les hommes
Comme vraie mère, Marie garantit que Dieu a tout assumé de nous jusqu’à devenir « Fils de l’homme », donc nous sommes entièrement assumés et entièrement sauvés. Comme Vierge divinement féconde, Marie garantit que c’est Dieu qui est né d’elle, et qu’ensuite il sauve vraiment : avec sa puissance divine [7].
Marie, de son sein virginal, a engendré le Christ, la Tête du corps, à un moment spécial de l’histoire. Dans le Christ, Marie a régénéré pour Dieu tous les membres de l’humanité, autrement dit, son sein maternel reste la source permanente de la régénération des hommes en Dieu.
« Ils ont prêché l’Emmanuel né de la Vierge (Cf. Is 7,14) : par là ils faisaient […] que lui, le Pur, ouvrirait d’une manière pure le sein pur qui régénère les hommes en Dieu et qu’il a lui-même fait pur ; que, s’étant fait cela même que nous sommes, il n’en serait pas moins le « Dieu fort » (Is 9,6), celui qui possède une connaissance inexprimable (Is 53,11) »[8]
Source de Vie
EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU Chapitre 6 (AELF)
01 « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
02 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
03 Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
04 Afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.
05 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
06 Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.
07 Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.
08 Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé.
09 Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
10 que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
11 Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
12 Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs.
13 Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
14 Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi.
15 Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.
16 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
17 Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
18 ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra.
19 « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler.
20 Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler.
21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
22 La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière ;
23 mais si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, comme elles seront grandes, les ténèbres !
24 Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
25 C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
27 Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
28 Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
30 Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
31 Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”
32 Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
33 Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
34 Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine..
Pour la route
CARÊME : les dix conseils du pape François pour vivre ces quarante jours.
1 – Se laisser toucher le cœur
« Revenez à moi de tout votre cœur », dit le prophète Joël (2, 12). Dans la vie, « nous aurons toujours des choses à faire », nous aurons toujours « des excuses à présenter », mais « aujourd’hui c’est le temps de revenir à Dieu », insiste François.
Cela signifie s’engager sur le « chemin d’une conversion non pas superficielle et transitoire », mais un « itinéraire spirituel » qui touche « le lieu le plus intime » de notre personne.
En effet, « le cœur est le siège de nos sentiments, le centre dans lequel mûrissent nos choix, nos comportements ».
Le Carême n’est « pas une collecte de bonnes actions », c’est « discerner vers où est orienté notre cœur ». Où mène « le navigateur de ma vie, vers Dieu ou vers mon moi ? (…) Ai-je un cœur “qui danse”, qui fait un pas en avant et un pas en arrière, qui aime un peu le Seigneur et un peu le monde, ou bien un cœur ferme en Dieu ? » Et l’on se découvre soudain un cœur « fermé », « rouillé », « refroidi », « anesthésié »…
Et François de scander : « Nous avons besoin de la guérison de Jésus, il nous faut mettre devant lui nos blessures et lui dire : “Jésus, je suis ici devant toi, avec mon péché, avec mes misères. Tu es le médecin, tu peux me libérer. Guéris mon cœur.” »
2 – Arrêter de s’agiter
François appelle à « ralentir notre vie qui va toujours au pas de course, mais souvent ne sait pas bien où ».
« Arrête-toi un peu, dit-il. Laisse cette agitation et cette course insensée qui remplit le cœur de l’amertume de sentir que l’on n’arrive jamais à rien. »
« Arrête-toi, reprend-il, laisse cette injonction à vivre en accéléré qui disperse, divise et finit par détruire le temps de la famille, le temps de l’amitié, le temps des enfants, le temps des grands-parents, le temps de la gratuité… le temps de Dieu. »
3 – Rechercher le silence
« Arrête-toi un peu devant le bruit assourdissant qui atrophie et étourdit nos oreilles et qui nous fait oublier le pouvoir fécond et créateur du silence », intime François.
Le pape dénonce la pollution sonore. « Nous sommes submergés de paroles vides, de publicités, de messages insidieux.
Nous nous sommes habitués à entendre de tout sur tous et nous risquons de sombrer dans une mondanité qui atrophie notre cœur et il n’y a pas de pontage pour guérir cela, mais seulement le silence. »
« Il n’est pas facile de faire silence dans son cœur, prévient-il, car nous cherchons toujours à parler un peu, à être avec les autres. ».
Pourtant, la « vraie conversion » est au prix de ce silence. Grâce à lui, le croyant peut rentrer en lui-même et se « mettre à l’écoute de la Parole de Dieu ».
4 – Se détacher du smartphone
Aller au désert, durant le Carême, c’est se « détacher du téléphone portable » pour se « connecter à l’Évangile ». Jeûner, insiste François, « c’est savoir renoncer aux choses vaines, au superflu, pour aller à l’essentiel ».
C’est renoncer au culte du selfie. « Arrête-toi un peu devant la nécessité d’apparaître et d’être vu par tous, d’être continuellement “à l’affiche”, ce qui fait oublier la valeur de l’intimité et du recueillement. »
Le pape pointe du doigt « la maladie de l’apparence, aujourd’hui dominante ». C’est « une grande tromperie » parce que l’apparence est « comme une flambée : une fois finie, il reste seulement la cendre ». Faisons un « diagnostic des apparences que nous recherchons », indique-t-il, « essayons de les démasquer. Cela nous fera du bien ».
Se tenir éloigner du téléphone, c’est aussi vouloir mettre le holà « aux paroles inutiles, aux bavardages, aux rumeurs, aux médisances », à la « violence verbale », aux « mots blessants et nocifs, que le réseau amplifie ».
C’est aussi refuser la « critique grossière et rapide » et les « analyses simplistes qui ne réussissent pas à embrasser la complexité des problèmes humains, spécialement les problèmes de tous ceux qui souffrent le plus ». Ce « nettoyage » se révèle nécessaire pour atteindre une « saine écologie du cœur ».
5 – Arrêter de regarder les autres de haut
« Arrête-toi un peu devant le regard hautain, le commentaire fugace et méprisant qui naît de l’oubli de la tendresse, de la compassion et du respect dans la rencontre des autres », dit François, notamment à l’égard de ceux qui sont « vulnérables, blessés et même de ceux qui sont empêtrés dans le péché et l’erreur ».
Il s’agit de changer de perspective en regardant « vers le haut », avec la prière qui « libère d’une vie horizontale, plate, où on trouve le temps pour le “je” mais où l’on oublie Dieu »
Regarder « à l’intérieur », grâce à un jeûne, qui nous « libère de l’attachement aux choses, de la mondanité qui anesthésie le cœur ».
Regarder « vers l’autre » avec la « charité qui libère de la vanité de l’avoir, du fait de penser que les choses vont bien si elles me vont bien à moi ».
6 – En finir avec l’hypocrisie
Pour le Carême, François demande que nous regardions « à l’intérieur, dans le cœur », sans faux-semblant et avec courage.
« Que de fois, pointe le pape, nous faisons quelque chose pour être approuvés, pour notre image, pour notre ego ! Que de fois nous nous proclamons chrétiens et dans le cœur nous cédons sans problème aux passions qui nous rendent esclaves ! Que de fois nous prêchons une chose et en faisons une autre ! Que de fois nous nous montrons bons au-dehors et nourrissons des rancunes au-dedans ! Que de duplicités nous avons dans le cœur… c’est la poussière qui salit, les cendres qui étouffent le feu de l’amour. »
7 – Ne pas s’habituer au Mal
Le pape dénonce régulièrement « la culture » et « l’abîme » de l’indifférence. Le Carême, rappelle-t-il est le « temps pour dire non à l’asphyxie qui naît des intimismes qui excluent, qui veulent arriver à Dieu en esquivant les plaies du Christ présentes dans les plaies des frères : ces spiritualités qui réduisent la foi à une culture de ghetto et d’exclusion ».
Ces quarante jours aident à « sortir des habitudes lasses et de l’accoutumance paresseuse au mal qui nous menace ». Il s’agit de « ne pas nous habituer aux situations de dégradation et de misère que nous rencontrons en marchant dans les rues de nos villes et de nos pays ».
Le risque est réel d’accepter « passivement certains comportements et de ne pas nous étonner face aux tristes réalités qui nous entourent ». On s’habitue à la violence, « comme s’il s’agissait d’une nouvelle quotidienne qui va de soi ; nous nous habituons à nos frères et sœurs qui dorment dans la rue, qui n’ont pas de toit pour se protéger. Nous nous habituons aux réfugiés à la recherche de liberté et de dignité, qui ne sont pas accueillis comme ils le devraient ».
Nous nous habituons, enfin, à « vivre dans une société qui prétend se passer de Dieu », dans laquelle « les parents n’enseignent plus à leurs enfants à prier » le Notre Père ou le Je vous salue Marie, « ni à faire le signe de la croix ».
8 – Demander le don des larmes
« Frères, interpelle François, sachez, que les hypocrites ne savent pas pleurer, ils ont oublié comment on pleure, ils ne demandent pas le don des larmes. » Demander le don des larmes, explique-t-il, est une façon de « rendre notre prière et notre chemin de conversion toujours plus authentiques ».
Et le pape de nous demander : « Est-ce que je pleure ? Le pape pleure-t-il ? Les cardinaux pleurent-ils ? Les évêques pleurent-ils ? Les personnes consacrées pleurent-elles ? Les prêtres pleurent-ils ? Les pleurs sont-ils présents dans nos prières ? ». Accepter de pleurer, c’est revenir à Dieu avec un « cœur nouveau, purifié du mal, purifié par les larmes, pour prendre part à sa joie ».
Une joie qui s’enracine dans la certitude que « nous pouvons changer, si nous accueillons la grâce de Dieu et que nous ne laissons pas passer en vain ce moment favorable ». « S’il vous plaît, dit-il, arrêtons-nous, arrêtons-nous un peu et laissons-nous réconcilier avec Dieu ».
9 – Prier
Les freins à la prière se manifestent particulièrement pendant le Carême, période de tentation. « Nous avons du mal à distinguer la voix du Seigneur qui nous parle, la voix de la conscience, la voix du bien. Jésus, en nous appelant dans le désert, nous invite à prêter attention à ce qui compte, à l’important, à l’essentiel. »
Car la prière est une nourriture indispensable. « Nous avons besoin de la Parole de Dieu, dit-il. Nous devons parler avec Dieu : nous devons prier. Car ce n’est que devant Dieu que viennent au jour les inclinations du cœur et que disparaissent les duplicités de l’âme. » Il faut se tourner vers l’Esprit Saint en redécouvrant « le feu de la louange, qui brûle les cendres de la lamentation et de la résignation ».
10 – Contempler les visages qui nous entourent
François appelle chacun à s’arrêter pour contempler le visage de celles et ceux qui nous entourent :
Visage de nos familles qui continuent à « miser jour après jour, avec beaucoup d’effort, pour aller de l’avant dans la vie » et qui, « entre les contraintes et les difficultés, ne cessent pas de tout tenter pour faire de leur maison une école de l’amour ».
Visages des enfants et des jeunes « porteurs d’un lendemain et d’un potentiel qui exigent dévouement et protection » et qui « se fraient toujours un passage au milieu de nos calculs mesquins et égoïstes ».
Visages des anciens, marqués par « le passage du temps » ; visages « porteurs de la mémoire vivante de nos peuples » et visages de « la sagesse agissante de Dieu ».
Visages des malades et de tous ceux qui s’en occupent ; visages qui, « dans leur vulnérabilité et dans leur service, nous rappellent que la valeur de chaque personne ne peut jamais être réduite à une question de calcul ou d’utilité ».
Visages « contrits de tous ceux qui cherchent à corriger leurs erreurs et leurs fautes » et qui, « dans leurs misères et leurs maux », luttent pour « transformer les situations et aller de l’avant ».
Visage du Christ, « l’Amour crucifié » qui, « aujourd’hui, sur la croix, continue d’être porteur d’espérance », « main tendue à ceux qui se sentent crucifiés, qui font l’expérience dans leur vie du poids leurs échecs, de leurs désenchantements et de leurs déceptions.
D’autres rubriques sont à venir, et un contenu varié … au prochain numéro de « POINT DE VIE »